Matthieu Klotz

Ma seule ambition : courir pour le plaisir et me dépasser.


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TransJu – Ultra 110

Trail

TransJu – Ultra 110 · Les Rousses, France

Départ 6 juin 2026 03:00
Distance 110,0 km
D+ 4 350 m
Résultat DNF

110 kilomètres au programme. J’en ai bouclé 99,6 avant que la barrière horaire de Morez ne me cueille, six minutes trop tard. Sur le papier, c’est un DNF. Dans ma tête, c’est tout l’inverse : une des plus belles journées de course que j’ai vécues. Je vous raconte.

  • Épreuve — TransJu Ultra, 110 km, départ de Champagnole à 3h du matin
  • Parcouru — 99,6 km et environ 3 700 m de D+
  • Sur la montre — un peu plus de 19h, dont ~2h30 d’arrêts (ravitos, sieste, base de vie)
  • Verdict — arrêté à la barrière de Morez, 6 minutes trop tard

La veille : arrivée aux Rousses

Vendredi, on quitte la maison direction Les Rousses. Arrivée vers 14h, on pose les sacs dans l’appart, je file chercher mon dossard, un repas avalé en vitesse et au lit. Enfin… « au lit ». L’objectif était de dormir de 21h à minuit : j’ai surtout fermé l’œil par intermittence, comme toujours la veille d’un truc pareil. À minuit, debout, navette pour Champagnole. Une heure de bus dans le noir, le ventre un peu noué, à se demander dans quoi on s’est embarqué.

3h du matin : ça part vite

Coup de feu. Ça part vite, trop vite peut-être, mais sur la Transju on ne traîne pas : les barrières horaires sont serrées, et chaque minute grappillée en début de course, c’est du rab pour plus loin. Je me cale dans le flot des frontales et je laisse les jambes faire.

Premier ravito à Syam, kilomètre 16. Le ciel pâlit, les oiseaux s’y mettent, et là, tout va bien. La suite vers Les Planches-en-Montagne, c’est du grand Jura : forêts profondes, cascades, le genre de décor qui te fait oublier que tu cours depuis des heures. Café aux Planches (km 28), et on repart sur une ancienne voie ferrée — ponts, un tunnel, puis les plateaux qui montent doucement vers Foncine-le-Haut. Magnifique.

Foncine : le premier doute

Foncine-le-Haut, km 40. Premier vrai doute. Je fais mes comptes : les barrières vont se resserrer, ça va finir par se jouer. Mais pour l’instant j’ai de la marge, alors je repars. Des champs fleuris à perte de vue, encore de la forêt, et le moral qui remonte avec le soleil qui commence à chauffer.

Chaux-Neuve : le tremplin, les sauteurs… et elle

Chaux-Neuve et son tremplin de saut à ski, base de vie au km 54. Et là, le petit cadeau de la journée : je retrouve ma chérie pour la première fois depuis la veille. Ça remet du carburant dans la machine, ce genre de retrouvailles. Quelques sauteurs s’entraînent pendant que je suis là, à s’élancer du tremplin : c’est beau à regarder. Je pointe avec 2h40 d’avance sur la barrière. Large. Un brin euphorique, même. Du coup je prends le temps : petite toilette, je me change, je repars propre.

À la sortie, on grimpe le tremplin par les escaliers. La montée est longue, mais originale : on ne fait pas ça tous les jours, monter un tremplin olympique à la force des cuisses. Et c’est à peu près là que la fatigue commence à pointer. Je ralentis, pour de bon. Je manque de me viander plusieurs fois sur les racines. Le chemin jusqu’à Chapelle-des-Bois (km 70) n’en finit pas.

Chapelle-des-Bois : la sieste qui s’impose

Au ravito, plus le choix : la sieste s’impose. 15 minutes les yeux fermés, et je repars. Sauf que la lucidité, elle, n’a pas vraiment suivi le réveil. À partir d’ici, je cours un peu en pilote automatique, sans toujours savoir où je mets les pieds.

Les Marais, Morbier : le matelas qui fond

Le chemin vers Les Marais (km 83) est long, mais toujours aussi beau. J’y arrive, et le couperet tombe dans ma tête : plus que 45 minutes d’avance. Mon matelas a fondu. Je m’accroche, petit coup de boost jusqu’à Morbier vers le 89e, mais la première montée est raide et me cueille. La fatigue revient. J’avance quand même. J’y crois encore.

Morez : six minutes de trop

21h passées. Encore 3,5 km pour rejoindre le ravito du 99e, et je sens que ça ne va pas le faire. Le physique tient — c’est ça, le plus rageant — mais je n’ai plus une once de lucidité. Je n’avance plus, point. J’arrive à la barrière de Morez à 22h06. 99,6 km. Six minutes de trop. Course terminée pour moi.

Six minutes. C’est tout ce qui manquait. Et malgré ça, je suis redescendu de la montagne avec le sourire.

Et pourtant. Quelle course. Quelle journée. Je n’ai pas vu la ligne d’arrivée, mais je me suis régalé du premier au dernier kilomètre.


La leçon dans le sac

Le lendemain, je vide mon sac. Et là, la vérité me saute aux yeux : entre le km 70 et l’arrêt, je n’ai quasiment rien mangé. Rien. Le corps a tenu sur les réserves, mais la tête a lâché — pas étonnant. Sur la Veni Vici en milieu de course, c’est le physique qui avait explosé ; cette fois, les jambes étaient là. Ce qui m’a manqué, c’est la gestion : celle du repos, et surtout celle du ravitaillement.

La montre raconte exactement la même histoire. Mon avance grimpe tranquillement jusqu’à 2h46 à Chaux-Neuve… puis fond comme neige au soleil sur toute la seconde moitié. Le réservoir est vide, le moteur ne monte plus dans les tours, même quand la volonté est là.

Alors, on remet ça ?

Encore une leçon dans la besace. La prochaine sera la bonne — je sais maintenant exactement où j’ai péché. Pas dans les jambes : dans la fourchette et dans la montre.

TransJu, je te reverrai.